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Sur Pandora, planète imaginaire à un système solaire de la terre et peuplée de schtroumphs géants – les Naavis - , des humains cupides sont prêts à tout pour s’emparer d’une source d’énergie sans prix… Tel est le pitch du dernier opus de James Cameron. Avouons qu’une fois passé l’effet de surprise de la 3D, l’argument est plutôt mince, très loin en tout cas de ses productions précédentes. Mais peut-être le plus intéressant ne réside-t-il pas dans ce qui nous est donné à voir – même si c’est en relief - mais dans ce qui justement n’est pas dit. Tout le monde sait qu’il aura fallu dix ans au créateur de Terminator et Titanic pour réaliser Avatar. Dix ans durant lesquels l’Amérique s’est égarée dans les bras viril d’un pouvoir politique simpliste et réactionnaire avec deux guerres à son actif et pas mal de bêtises commises au nom du Bien. Et si le réalisateur avait mis à profit cette période pour concevoir un film dont la principale fonction n’est pas de divertir mais de proposer une lecture des événements bien plus intelligente qu’il n’y paraît ? Au moment où Obama fête le premier anniversaire de son élection, ce petit bijou de subversion cinématographique arrive à point nommé.
Dès l’argument initial, le ton est donné. Le héros du film, un handicapé qui inspire moquerie ou méfiance, ne doit son affectation sur Pandora qu’à la mort de son frère, sans doute aîné et qui donc le précède. Cela nous rappelle étrangement qu’avant d’avoir un président noir, issu d’une communauté souvent moquée et maltraitée, les Etats Unis ont préalablement vu périr le précurseur Martin Luther King. La suite creuse la même veine et les nombreux rebondissements – 2h50 tout de même – en font progressivement un film crépusculaire qui solde plus ou moins habilement les comptes du passé. Parmi les plus évidents, on peut citer : la justification par le progrès (la liberté civilisatrice ?) d’une agression militaire dictée avant tout par la convoitise d’une énergie qui ne vous appartient pas ; la théorisation de la menace ennemie en vue de favoriser la paranoïa et les frappes préventives, la ressemblance suspecte entre le généralissime des humains et un certain Georges Bush – même tête et même psychologie -, la foi dans la culture (matérialisée par les gentils chercheurs) face à la barbarie destructrice d’un pouvoir sans esprit… Jusqu’à ce qui est vraisemblablement le tournant du film : la scène phare où l’on voit s’effrondrer l’Arbre Maison des autochtones dominant le ciel sous le feu de l’armée. Le 11 septembre n’est pas loin et Cameron aurait voulu signifier que la chute des Twins Towers – arbres symboles – doit d’abord aux excès de la puissance américaine qu’il ne s’y serait pas pris autrement. La conclusion, enfin, se présente comme une éloge à la mixité (l’ère Obama ?) et à la préservation de la nature en tant que mère nourricière (un post Copenhague ?).
En sortant de la salle, on pourra toujours arguer que les bons sentiments font rarement de grands films ou que les démonstrations trop caricaturales sont parfois maladroites. N’empêche, c’est tout de même bigrement jouissif !