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La sortie du livre de Bernard Laporte nous pose, nous provinciaux, le problème de notre communication avec notre accent, et l’image qu’il génère. Mais je crois qu’il est bon de prendre du recul sur cette polémique phonique avant de donner un blanc seing à notre ancien ministre qui pourrait donner l’impression de passer un peu vite du côté des victimes.
Il me faut tout de suite avouer, car si internet retranscrit les langues, ce magnifique outil numérique ne fait rien pour les accents. Or de l’accent j’en ai. Ce détail vous permettra de lire avec plus de relief ces quelques lignes en mettant votre imagination au service de mes intonations.
Je suis Toulousain, et les sketches caricaturaux des Chevaliers du Fiel me font beaucoup rire, parce qu’ils décrivent des gens que l’accent ridiculise avec beaucoup de sympathie et développe le sens salutaire de l’autodérision. C’est vrai que notre ministre, comme Raimu est au premier abord très sympathique. C’est vrai que pour avoir personnellement vécu maintes fois cette scène, lors de présentations de projets devant des « parisiens », les 5 premières secondes d’une prise de parole font poser la question à l’auditoire : « Quel accent sympathique, va t’il continuer à nous faire sourire ? »
On ne peut pas trouver Bernard Laporte antipathique, pas plus que Raimu, Dany Boon, Patrick Bossot ou Victoria Abril. Dites vous juste que ces accents vous les avez retenus et aimés, parce qu’ils ont su vous faire passer du sourire à l’émotion, de sympathique ils sont devenus attachants, même si c’était en exploitant un fond de commerce ethnique.
Mais attention tout ce qui a un accent n’est pas attachant, la meilleure preuve existe dans un sketch de Pierre Palmade, contant les atrocités d’un souteneur Marseillais aux accents typiquement Provençaux.
Bernard Laporte ne peut pas nier que son accent fait partie de sa cote de popularité, il en a usé et est devenu bancable tant pour les journalistes que pour les guignols de l’info.
Le problème est qu’avec de l’accent on a encore moins le droit de dire des inepties au risque de devenir encore plus ridicule.
Jane Birkin a pu paraître sotte, sa grâce naturelle lui a évité le ridicule et puis on ne lui demandait pas de se prononcer sur des questions d’état.
A l’heure où se pose le débat sur l’identité nationale, je crois qu’il ne faut pas mélanger les particularismes locaux et les valeurs fondamentales.
Il y aura toujours des imbéciles sans accent ou pire l’ayant perdu, pour croire qu’un blanc est supérieur à un noir et qu’un Toulousain et un Marseillais sont plus sympathiques - mais moins crédibles - qu’un Parisien.
Je connais beaucoup de cons avec et sans accent et cela me rassure sur le fait que ce timbre vocal n’est pas lié à un chromosome.
D’abord écoutons-nous, puis disons-nous simplement que dans le cadre un peu formel d’une prise de parole sérieuse, Bernard Laporte comme nous, sommes obligés d’apporter plus de fond et devons soutenir plus brillamment nos propos, au risque de voir nos incompétences accentuées.
Peut être qu’avec un peu plus de maîtrise, l’accent nous rend différents et plus forts.