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Afterwork /Musique
13.10.2010

Les nuits d’une demoiselle

Le pouvoir de la langue.

Colette Renard est morte. Ce n’est pas seulement l’immense actrice de « Plus belle la vie » qui s’éteint, mais aussi l’incroyable interprète d’une chanson pour le moins leste qui s’est répandue depuis comme une trainée de poudre, les nuits d’une demoiselle.

Derrière l’apparente banalité du titre se cache en vérité l’une des chansons les plus subversives qui soient, laissant loin derrière elle le pire de Gainsbourg ou le meilleur de Pierre Perret.


par: Thierry CALVAT

Ecrit en 1962, le texte nous narre les activités nocturnes d’une demoiselle de l’époque. Assurément, sa gourmandise ne saurait se contenter d’un simple cunnilingus. Aussi y égrène-t-elle - sur une musique et un ton insoupçonnables - les mille et une façons d’exprimer, et le mot, et la chose. Qu’on lui gâte la friandise, remplisse le vestibule ou bricole la cliquette… L’ensemble est croustillant à souhait. L’exercice est d’autant plus méritoire qu’il ne verse jamais dans la vulgarité. Pas un mot cher à Bigard de nature à choquer le bourgeois, ni la moindre de ces allusions salaces dont Laurent Gerra a depuis longtemps le secret.

De l’humour décalé qui tient en un mot… enfin en plusieurs. Des mots qui s’assemblent et qui tirent de cet assemblement une force inattendue. Pris séparément un bonbon par exemple n’est pas en soi sujet à interprétation (quoique pour parfois des sucettes à l’anis…), de même que le fait de picorer reste généralement une activité paisible et réservée aux petits oiseaux (au sens propre). Pourtant, qu’on vienne à mêler ces deux termes innocents et subitement se faire picorer le bonbon prend une toute autre tournure. On pourrait multiplier sans peine la démonstration : empeser et chemise, caresse et gardon… tout est fait avec la distanciation nécessaire où une fois de plus la légèreté est soeur du talent.

Lorsque comme nous on exerce un métier dont l’un des principaux attraits est aussi de jouer sur les phrases, ceci devrait nous amener à une salutaire prise de conscience quant à la censée gravité de notre activité. Nous avons certes le pouvoir étonnant de combiner les mots comme d’autres le font dans la cuisine moléculaire, en maniant l’oxymore (la force tranquille) ou le truisme (sans cœur, nous ne serions que des machines). Mais nous devons aussi garder en tête qu’il s’agit là d’un pouvoir d’amuseur, rien de plus. D’ailleurs, notre demoiselle n’attend-elle pas que le jour soit levé pour cesser son badinage et enfin passer aux choses sérieuses ?


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