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Afterwork /Humeur
Le prochain chantier gouvernemental est indéniablement marqué par la térébrante question du financement de la prise en charge. Cette préoccupation légitime du point de vue de l’avenir des finances publiques comporte toutefois un risque : transformer les générations âgées en un poids pesant dans notre économie et un frein à notre développement individuel et collectif. Dans ces conditions, même si les positions sincères et affichées par les auteurs ne laissent planer aucun doute quant à leurs intentions, le raccourci demeure tentant : plutôt que de s’encombrer d’une charge supplémentaire, ne serait-il pas plus simple de la faire disparaître en statuant enfin sur « le droit de mourir dans la dignité » ?
On pourra juger l’amalgame douteux. L’excès de la caricature ne doit cependant pas occulter la gémellité des deux termes. L’un et l’autre se rejoignent en effet sur le nécessaire regard que nous sommes politiquement appelé à poser sur la vulnérabilité et la souffrance.
Ainsi, rappelons-nous que la dépendance n’est pas un mal à combattre, mais une fragilité qu’il nous faut envisager comme constitutive de notre société. Un vieux qui meure, c’est une bibliothèque qui brûle nous enseigne le proverbe africain. Certes. Mais un vieux qui vit, c’est toute notre humanité qui en sort renforcée. C’est à l’aune de son empathie envers les plus fragiles que se juge l’état d’une démocratie, système que l’on confond trop souvent avec la voix de la majorité. On oublie trop souvent qu’elle tient d’abord du respect des minorités. Etre démocrate, ce n’est donc pas seulement aspirer à la liberté d’être et de faire mais à la responsabilité de la mettre au service d’un intérêt qui la dépasse en lui donnant tout son sel et tout son sens. De ce point de vue, la dépendance – et avec elle toutes les formes de handicap et de faiblesses – est une occasion de réaffirmer la réciprocité qui nous lie à l’autre, nous faisant (re)naître à nous-mêmes.
Cette relation d’interdépendance se situe précisément au cœur des débats sur l’euthanasie, puisque le vouloir mourir correspond avant tout à l’envie de s’échapper d’un monde des vivants où l’on n’a plus sa place. Le degré d’attention que l’on porte à l’être souffrant ou usé est de ce point de vue déterminant. Notre seul regard peut en un instant le faire passer de l’état d’individu pleinement considéré à celui de simple corps réifié.
Dans ces conditions, ni l’impôt ou ni la taxe, pas plus que l’Etat et ses lois ne sauraient nous exonérer de nos responsabilités à l’endroit des plus âgés. Leur prise en charge interroge donc chacun d’entre-nous en tant que parent ou ami, mais aussi en tant que citoyen décidé à faire de la dignité l’une des clés de voûte du vivre ensemble.